Knesset 2026 – C’est parti !

 

Le 1er juin, la Knesset a voté sa dissolution en première lecture à une large majorité de 106 députés sur 120. Les élections devraient avoir lieu entre le 8 septembre et le 20 octobre. A moins qu’elles ne soient finalement annulées, en raison d’un nouvel épisode guerrier majeur. En attendant, la journaliste franco-israélienne, Myriam Shermer, donne quelques clés de lecture dans son livre  » Knesset 2026 – Comprendre la politique israélienne « . 

Myriam Shermer se garde bien de faire un quelconque pronostic sur l’issue de ces élections majeures, qui sont les premières depuis l’électrochoc du 7-Octobre et qui ont lieu à terme – fait rarissime dans la vie politique israélienne. Elle évite même de donner les résultats des sondages publiés ces derniers mois qui pourraient indiquer une tendance, mais celle-ci n’est jamais à l’abri d’un rebondissement liée à l’actualité. Elle choisit d’analyser les clivages de valeurs entre les différentes tendances politiques au sein de la société israélienne. Pour cela, elle a recours à la Théorie des fondations morales du psychologue américain, Jonathan Haidt (1), qui distingue six valeurs majeures : compassion, justice, liberté, loyauté, autorité, sacré , qui reposent avant tout sur l’émotion et l’instinct plutôt que sur la raison. « Toutes les sociétés humaines s’appuient sur ces fondements mais leur hiérarchie varie selon les cultures », précise-t-elle. Et j’ajouterai les époques.

En substance, la gauche et les libéraux mettent l’accent sur la compassion, la justice et la liberté tandis que la droite et les conservateurs donnent la priorité à l’autorité, la loyauté, le sacré. Elle décortique bien les traumas des uns et des autres : d’un côté, le démantèlement de toutes les colonies de la bande de Gaza à l’été 2005 pour la droite et notamment les sionistes religieux, de l’autre l’assassinat d’Itzhak Rabin par un juif religieux le 4 novembre 1995 pour la gauche laïque. 

 

 

L’impact majeur du 7-Octobre

 

Et bien sûr, elle analyse les conséquences du 7-Octobre qui concerne tout le monde mais de manière différente selon les différentes catégories politiques de la population : la gauche, les libéraux, la droite traditionnelle, les sionistes religieux et les ultra-orthodoxes. Pour elle, ce sont les ultra-orthodoxes qui subiront sans doute les répercussions politiques les plus durables de ce tremblement de terre. En effet, l’exemption de service militaire, dont bénéficie cette population depuis la création de l’Etat n’est plus acceptée par la majorité de la population israélienne – droite et gauche confondues – où les réservistes sont épuisés par la guerre qui dure depuis près de 3 ans. « Pour la droite, la loyauté, jadis associée à la préservation de la tradition religieuse signifie désormais participation active à l’effort de guerre », écrit Myriam Shermer. La loyauté aurait ainsi changé de camp ; hier dédiée à Dieu elle devrait désormais s’adresser à l’armée. La loyauté est donc une valeur à géométrie variable, comme d’ailleurs les autres valeurs susmentionnées. Et le sujet de la conscription pour tous sera au cœur de la prochaine campagne électorale.

Mais, il y a un paradoxe que l’auteur ne souligne pas. D’un côté, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a mené cette longue guerre réquisitionnant les réservistes à maintes reprises, jusqu’à ce que Donald Trump sonne la fin du match dans la bande de Gaza en octobre 2025. De l’autre, le Premier ministre a soutenu les textes législatifs destinés à prolonger l’exemption des ultra-orthodoxes, clé du soutien des partis ultra-orthodoxes à la Knesset. Un paradoxe qui pourrait lui coûter cher aux prochaines élections. 

 

 

Gouverner sur la peur 

 

Mais, Benjamin Netanayhou n’est pas encore battu. Loin de là. Depuis toujours, il gouverne sur la peur. Et il a réussi à distiller cette peur au cœur de la nation israélienne. Une stratégie politique classique, dont il n’a pas le monopole et qui, en Israël comme ailleurs marche très bien, que ce soit pour garder le pouvoir ou par conviction – l’un n’excluant pas l’autre. 

En l’occurrence, d’après Myriam Shermer et d’autres journalistes israéliens qu’elle mentionne, l’arrière-plan idéologique de la politique de Benjamin Netanyahou est une lecture pessimiste de l’histoire juive jonchée de catastrophes. D’où la peur de l’autre et son inévitable diabolisation – celle du camp politique adverse ou de l’ennemi extérieur. C’est l’héritage intellectuel de son père, Bentzion Netanyahou, professeur d’histoire. Et le 7-Octobre, dont il partage pourtant la responsabilité même s’il a pris soin de ne pas créer de commission d’enquête, lui a paradoxalement donné raison. Et la peur de l’autre n’a fait que s’exacerber.

(1) Génération anxieuse – Ed. Les Arènes (2024) 

 

 


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